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Impacts du COVID-19 sur la sinistralité auto et MRH

Le COVID-19 met à l’épreuve le business model des assureurs, qui doivent revoir en urgence leurs prévisions à court et moyen terme. Les impacts sur la sinistralité sont variables selon les risques assurés ; nous nous intéressons dans cet article à l’assurance de dommages aux particuliers.

Automobile

Le confinement a bouleversé nos comportements, tous nos trajets en sont réduits  : travail, école, vacances. Le nombre de kilomètres parcourus a une importance cruciale sur l’ensemble des fréquences des garanties automobiles. Si le nombre de kilomètres chute, il induit une baisse du nombre d’accidents, de dommages ou encore d’impacts matériels et corporels.

On estime la baisse à près de 75%, ce qui pour 2 mois de confinement représente une baisse prévisionnelle de 12% du nombre de kilomètres parcourus par les français pour 2020. La fréquence en vol/incendie est de même impactée. Une voiture garée devant une propriété ou dans un garage semble complexifier la tâche du voleur, et on observe là une réduction de près de 35% des vols ou détériorations de véhicule.

Un bémol cependant, le volume d’excès de vitesse ne semble pas baisser autant que le kilométrage parcouru, bien au contraire, et donc la diminution semble moins importante sur les victimes corporelles de la route ; elle est estimée à 40%.

Au-delà des fréquences, il est nécessaire de surveiller les coûts. Les garages, ouverts pendant cette période de confinement, connaissent des difficultés pour trouver les pièces détachées dont ils ont besoin. Ce qui pourrait faire grimper légèrement les coûts.

Et la question se pose également du comportement des français après la levée du confinement : vont-ils compenser et rattraper le temps perdu ? Ou au contraire s’astreindre à contingenter leurs déplacements  afin de limiter les contacts ?

Néanmoins, en intégrant d’ores et déjà les projections de contraction kilométrique et les impacts observés sur ces dernières semaines, la baisse de charge pour les assureurs automobiles pourrait se chiffrer à plus de 11%, soit une économie totale de près d’1,5Milliard d’euros.

Habitation

En cette période de confinement, nous n’avons jamais passé autant de temps en continu dans nos logements. Cette sur-présence est l’élément le plus dissuasif que l’on puisse faire en termes de cambriolages.

Si l’on se réfère aux premières estimations de l’observatoire de la délinquance, le confinement entraîne une baisse de près de 80% des cambriolages sur ces premières semaines de confinement. Si l’on suit la moyenne des cinq années précédentes on estime l’impact à la baisse de la charge « vol » à plus de 10%.

Cela ne semble pas être le seul effet bénéfique observé ; il semblerait qu’une présence accrue au domicile ait réveillé des envies d’entretien et de rénovation, et que combiné à une météo des plus clémentes, cela ait entraîné une baisse de près de la moitié des sinistres dégâts des eaux habituellement constatés, et une baisse conséquente des incendies graves.

Ce gain est néanmoins à nuancer, car cette présence à domicile permanente entraîne à contrario une augmentation des accidents domestiques, les « cuistots-bricoleurs-jardiniers » particulièrement zélés en cette période de confinement, venant gonfler le nombre de patients des urgences …

Néanmoins, en projetant ces observations des dernières semaines, le marché peut espérer un gain en assurance habitation de l’ordre de 4% à 5% et donc un impact d’environ 350 millions d’euros sur l’exercice 2020.

Conclusion

Toutes ces estimations restent à confirmer, l’année étant loin d’être achevée. Et elles sont à mettre au regard des lourdes pertes que peut connaître la profession dans d’autres branches d’activité telles que le marché professionnel et entreprise. Le fonctionnement de l’assurance reste très mal compris du grand public, et nous devons marteler que l’assurance est fondée avant tout sur la mutualisation des risques et que les gains estimés à ce stade serviront à compenser les pertes à venir : tempêtes, inondations massives, …
Par ailleurs, le business model des assureurs risque d’être durablement impacté du fait de la récession engendrée par le COVID-19, avec une baisse potentielle du volume de primes qui entrainerait une hausse des ratios combinés, de par le poids des frais fixes.

 

 

Par addactis®  – Avril 2020

Victoria DELAVAUD, Consultant Pricing and Data P&C

Guillaume ROSOLEK, Head of Pricing & Data P&C 

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